Cercle du bois d'Almati

Le Printemps où les tentes fleurirent

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Le Printemps où les tentes fleurirent

Message  Admin le 27/10/2012, 19:54

Kiwalie a écrit:Une note de l'archiviste et chroniqueur Erlan accompagne un certain dossier :
L'année 2546 marqua les esprits homins d'Atys de manière forte. Si certains ne virent pas en l'apparition de kitins blancs les prémices d'une nouvelle invasion, d'autres se mirent à mettre tous les moyens possibles pour contrer cette dernière : édification de campements militaires spécifiques au combat contre les Kitins, expéditions punitives, ... J'ai tâché de retracer dans le texte qui suit le déroulement des évènements qui ont marqué cette année longue et pénible, et j'ai lié tout témoignage parlant de cette période de doute et de peur, pour appuyer mes dires.

Cette période porte le nom du Printemps où les tentes fleurirent, et a duré une année de Jena entière.

Le Printemps où les tentes fleurirent
Le printemps où les tentes fleurirent
Divers témoignages joints aux écrits de l'archiviste
Quand les sèves ennemies se mêlent
Poudre de sciure
Le silence de la corruption
Et pour quelques dappers de plus
Le Vent de Vase mêlée
Des inconscients par paquets
Ailes de Sève
Varinx en embuscade
Menaces violettes
Offensive contre les Kitins
Propos Hors RolePlay d'Animation4
Le printemps où les tentes fleurirent¶
Au printemps du 2e CA de 2546, les dirigeants homins entreprirent chacun de réunir leur peuple. C'est ainsi que des jours durant les crieurs de l'Empire du Désert Ardent, du Royaume des Sommets Verdoyants, de la Fédération de la Nouvelle Trykoth et de la Théocratie du Pays Malade rassemblèrent les homins.

Patriotes, Sujets, Citoyens, Initiés et non-citoyens, tous vinrent se réunir dans un même élan auprès de leur dirigeant respectif dans les jours qui suivirent les annonces, convergeant vers l'Agora de Pyr, le Belvédère d'Yrkanis, la Place Frogmore de Fairhaven et la Grand-Place de Zora.

Et si aucune de ces annonces ne mentionnait les raisons de ces assemblées, la rumeur, elle, avait commencé à courir sur l'Écorce. A l'agitation des agents impériaux, royaux, fédéraux ou dynastiques, il semblait évident que les dirigeants nourrissaient chacun de leur côté des projets identiques et que les bras et les bonnes volontés allaient être mis à contribution très prochainement.

Ainsi les discours des dirigeants se montrèrent-ils assez similaires : des tours de garde devraient être érigées dans chaque région d'Atys, permettant de surveiller au mieux l'activité kitine et de réagir efficacement à la moindre alerte. L'hominité toute entière semblait vouloir prendre pleinement possession des terres où elle avait choisi d'établir son Nouveau Commencement.


Même après deux générations, le traumatisme du Grand Essaim était encore si profondément ancré dans les esprits que les homins réagirent sans attendre lorsque des éclaireurs annoncèrent avoir aperçu quelques kitins inhabituels dans les Nouvelles Terres, comme l'annonçaient les dirigeants.

La menace était alors minime mais pouvait aussi n'être que les prémices d'une véritable invasion. Or, il n'existait pas d'autres Nouvelles Terres et les homins n'avaient d'autre choix que de repousser un possible Nouveau Grand Essaim ou mourir. Aussi les dirigeants entreprirent-ils la construction de campements à travers les territoires où leurs Peuples s'étaient installés plus de soixante années de Jena auparavant pour fuir les kitins. Bientôt l'on put voir des caravanes de mektoubs conduits par les Patriotes, les Sujets, les Citoyens et les Initiés sillonner les chemins des Nouvelles Terres pour approvisionner la construction des campements militaires qui fleurissaient un peu partout sur l'Écorce.

Ils furent nombreux à participer à l'édification de ces campements d'observation, tant en récoltant sur l'Écorce les matières premières nécessaires aux bâtiments et aux défenseurs qu'en convoyant les ressources des entrepôts aux chantiers à dos de mektoubs. Et les Maîtres d'œuvre furent vite sollicités car tous voulaient participer à la construction des campements avancés : Abytheus Abygrian, qui attendait les Patriotes sur la place du Marché des bonnes Affaires à Pyr ; Anibro Listi, que l'on pouvait questionner aux étables d'Yrkanis ; Ba'Darins Baksan, placé à l'entrée de Fairhaven sur le ponton menant à la fourche du Bon Marché ; Ba-Ci Du, que les zoraïs surent trouver aux étables de Zora.

Je restitue ici les notes que prirent certains chroniqueurs du discours de leur dirigeant.

Discours de l'Empereur Dexton au Peuple Fyros :

Fyros, l'heure est grave !

Certains de mes espions ont confirmé les rumeurs que nous entendons tous depuis quelques jours. Les Matis ont décidé de construire des postes avancés sur l'ensemble de leur territoire. La raison de ces projets est floue, et cela est inquiétant. L'Empire n'est pas faible ! Et les efforts des Akenak nous ont mis à l'abri du manque d'eau dont parfois nous pouvons souffrir. Cependant, nous devons être prêts à tout. De plus, il semble que d'autres rapports nous indiquent des mouvements de Kitins étranges, et cela aux quatre coins du Désert Ardent. Vous savez que le peuple Fyros a trop souvent payé le tribut d'attaques soudaines. Trop souvent nous n'avons pas été prêts.

Aujourd'hui je veux être prudent, je veux être prévoyant surtout. Et c'est aussi une bonne raison de repartir à la conquête de nos terres, de notre désert. Ses dunes implacables doivent être domptées. Ses vents terrifiants doivent être apaisés. J'ai donc décidé de construire des postes avancés de surveillance dans l'ensemble du Désert Ardent, afin que pas même un Yubo ne puisse respirer sans que l'Empire le sache !

L'Empereur Dexton rit.

Peuple Fyros ! Votre travail va être très important. Nous avons besoin de tout pour construire ces postes avancés qui nous protègerons, nous, nos enfants, nos clans, notre culture même de la destruction et de l'oubli. Pour cette raison, pour les plus imposants de ces postes avancés, il vous faudra vous montrer dignes envers l'Empire de participer à ces travaux, et seuls ceux qui ont montré leur dévouement pourront y participer !

Pour diriger ce chantier digne des plus grands moments de l'Empire, j'ai désigné le maître d'œuvre Abytheus Abygrian. Il a fort à faire pour organiser le campement des Dunes Impériales où seront centralisés les matériaux ainsi que les chantiers des six postes avancés, mais il vous donnera les détails de notre projet. Vous le trouverez facilement au marché des Bonnes Affaires.

L'Empire est fort et fier, et je ne doute pas que notre projet avancera vite et bien. J'ai confiance en vous, Peuple Fyros, l'Empire est devant un grand défi. Ensemble, nous réussirons, et l'Empire saura récompenser ceux qui auront donné de leur sueur et de leur sève pour sa grandeur !

Vérité ! Discipline ! Honneur ! Justice !

Discours figurant dans les notes d'Epus, conseiller personnel de l'Empereur.



Discours du Roi Yrkanis au peuple Matis :

Matis fidèles, honorables serviteurs de Jena !

Depuis longtemps nous sommes maîtres du Royaume des Sommets Verdoyants et nous contrôlons l'intégralité des Jardins Majestueux ! Soixante années depuis que Feu mon père le Roi Yasson planta sa flèche, lancée au hasard, dans cette contrée où la ville d'Yrkanis prospère ! Peu après naquirent les villes de Davae, Avalae et Natae, resplendissantes parmi les merveilles de notre peuple.

Plus de soixante années ont passé depuis le Grand Essaim et notre arrivée dans ces terres autrefois vierges, aujourd'hui siège de notre puissance. Grâce soit rendue à notre Déesse en ce jour béni où, mon peuple, Nous allons vous confier une mission, puisque par maintes fois vous agîtes au-delà de Nos espérances. Contre les Maraudeurs, contre les Kitins, contre tous nos ennemis. Vous, Sujets, allez bâtir des camps dans le Royaume afin de dompter la nature féroce qu'est celle de Notre Forêt, pour la plier à Notre volonté, celle de Jena ! Ces postes avancés aideront dans la surveillance de nos voisins ou des kitins, qui, il semblerait, agissent de manière étrange ces temps-ci. Nous avons donc besoin de les garder à l'œil, et cela Nous semble la parfaite raison pour étendre le règne Matis sur la Forêt !

Sujets ! Au nom de la Génitrice, rendez-vous maîtres des bois, érigez ces camps à l'Image même des Matis! Élégants, fiers ! Droits et infaillibles ! Soyez rapides, intrépides ! Qu'il neige, qu'il vente, qu'il pleuve, ou que le Feu de Coriolis se rallume ! Bâtissez le Royaume de demain, répandez notre puissance, comme la lumière de la Déesse éclaire vos fronts et ceux des barbares ! Et que dès demain l'aube rougeoie de la ferveur des suivants de Jena dont Nous sommes le Roi !

Le Roi leva ses bras aux cieux.

Jena Aiye !

Minia Sinia prit la parole à la suite de son Souverain.

Sujets du Roi Yrkanis ! Le Maître d'œuvre Anibro Listi vous attend à cette heure aux étables de notre Cité. Il a été chargé par notre Roi de commander à la construction des campements et dirige les chantiers depuis notre Capitale. C'est à lui que vous devrez vous adresser avant de vous rendre aux entrepôts royaux du Jardin Majestueux depuis lequel les six postes avancés seront construits.

Les plus dévoués des Sujets de notre Roi auront seuls le privilège de travailler sur les camps les plus reculés du Royaume, là où le danger est le plus pressant. Sachez que le Karan récompensera ceux qui se montreront les meilleurs d'entre tous !

Jena Aiye ! Yrkanis Aiye !


Discours retranscrit par Cuccio Perinia, Chroniqueur et Botaniste royal.

Discours de Denen Toen au Peuple Tryker :

Peuple des Lacs !

Je vous remercie d'avoir répondu aussi nombreux à l'appel de la Fédération et je suis fier de constater le dévouement du Peuple à répondre aux besoins de la Nouvelle Trykoth !

Maintes et maintes fois par le passé, depuis que notre peuple est remonté des Primes Racines, nous avons dû nous battre afin que ces terres, Aeden Aqueous, restent unies, indivisibles, la terre des citoyens de la Nouvelle Trykoth ! A de nombreuses reprises, nos ennemis, qu'ils soient homins ou non, ont tenté de briser l'unité du Peuple et de s'en emparer. A aucun moment les Trykers n'ont failli à leurs idéaux, et c'est ce qui nous a permis, plus de soixante années plus tard, de conserver notre Fédération, notre unité et nos terres.

Néanmoins, nous ne devons pas simplement nous tourner fièrement vers le passé, vers les légendes du Peuple Tryker, mais bien regarder vers notre avenir à tous !

Si je vous ai demandé, aujourd'hui, de vous rassembler, ici, en notre capitale de Fairhaven, cœur d'Aeden Aqueous et de la Fédération, c'est parce que je souhaite vous confier, au nom de la Nouvelle Trykoth, une mission de la plus haute importance.

Le temps où nos ennemis pouvaient impunément se déplacer sur nos Terres, au nez et à la barbe du Peuple, ce temps doit s'achever ! Et cela d'autant plus à un moment où des rapports me sont parvenus, qui signalent un regain d'une activité kitine assez étrange.

J'ai donc, en accord avec le Vice-Gouverneur, décidé de faire construire, sous tous les vents d'Aeden Aqueous, des postes avancés de surveillance. Leur rôle sera de nous tenir informés de tout déplacement suspect sur nos terres. Il s'agira là d'un grand projet, digne du génie architectural tryker, qui nous assurera que plus jamais nous ne serons pris par surprise !

Bien, et maintenant, je suppose que vous souhaitez tous déjà vous mettre au travail ! Six camps seront érigés aux quatre coins d'Aeden Aqueous. J'ai chargé un de nos meilleurs ingénieurs, le maître d'œuvre Ba'Darins Baksan, posté à l'entrée de Fairhaven, ponton menant à la fourche du Bon Marché, pour qu'il centralise les bonnes volontés. Les volontaires seront redirigés vers l'entrepôt du Lac de la Liberté à partir duquel six campements seront érigés.

Baksan vous attend à Fairhaven pour vous donner les indications. Nous aurons besoin de vous, autant pour récolter les matériaux que pour les transporter, ainsi que les vivres, jusqu'aux chantiers.

Ces camps sont importants pour le Peuple, aussi, pour les plus importants d'entre eux, nous accepterons uniquement l'aide d'homins ayant prouvé leur dévouement envers la Fédération.

Peuple des Lacs ! La Nouvelle Trykoth compte sur vous et saura récompenser les loyautés !

Tryka ! Meer ! Sella !

Gloire au Peuple !


Discours retranscrit par le chroniqueur Derry O'Darren.



Discours de Mabreka Cho aux Zoraï'i :

Zoraï'i !

Voilà plus de soixante ans, nous avons quitté le refuge des Primes Racines pour venir bâtir la première des Cités de l'Intuition. Voilà plus de soixante ans que nous avons découvert, pour la première fois, le Pays Malade, notre pays. Ces soixante années ont été agitées, tumultueuses, et nous ont menés là où nous sommes à présent.

Cependant ... Cependant, pendant ces soixante années de tumulte, nous avons négligé notre devoir le plus sacré envers les Kamis. Pendant ces soixante ans, la Goo a progressé, et le mal qui ronge notre pays ... notre monde ... s'étend, et nous emplit de honte car nous n'avons su remplir notre devoir envers les Kamis et Ma-Duk. Et si ce n'était suffisant, les éclaireurs nous ont signalé d'inquiétants mouvements des Kitins partout dans notre Jungle bien-aimée. Nous nous enorgueillissons de savoir apprendre du passé ... Alors, nous ferons ce qui est nécessaire, pour que le Grand Essaim ne se répète jamais.

C'est pourquoi je vous ai fait venir en ce jour, afin de vous demander votre aide. Afin que jamais plus les kitins ne puissent nous prendre par surprise, afin que jamais plus la goo ne puisse progresser, afin qu'à jamais ces menaces qui planent sur notre pays et nos foyers soient bannies, il est temps, peuple Zoraï, de bâtir. Partout sur nos terres seront dressés des relais, des camps fortifiés qui serviront ce double dessein, de protection et de purification de nos terres. Ces relais, Zoraï'i, ce sera vous qui les bâtirez, mettant tout votre génie et votre ardeur dans leur édification.

Pour ce faire, nous avons fait appel au Maître d'œuvre Ba-Ci Du, qui a déjà fait ses preuves lors de la construction du Temple de Ma-Duk. Vous le trouverez aux étables de Zora : il a fort à faire à organiser et centraliser les six chantiers depuis le centre des Cités de l'Intuition.

Seuls les Initiés les plus loyaux seront admis sur les chantiers les plus sensibles, mais tous ceux qui nous soutiendront se verront récompensés à la hauteur de leurs efforts.

Zoraï'i ! Plus que jamais, le Pays Malade a besoin de nous tous.

O Atys'o mayumé, tseu’ito sok Kami Myan ayumé !


Discours retranscrit par Kiei Xuan.


Le temps passait et malgré les efforts des récolteurs et des fournisseurs, les campements militaires peinaient à sortir du sol. Certes, Patriotes, Sujets, Citoyens et Initiés travaillaient dur afin de finir les chantiers aussi vite que possible, mais l'avancement était pour certains encore loin des prévisions des ingénieurs et la menace kitine grondait ... Chaque jour les valeureux combattants de kitins revenaient, couverts de cicatrices et de contusions, affirmant que malgré leur petit nombre, les kitins des Profondeurs ne semblaient pas vouloir perdre patte à la surface de l'Ecorce.

Il y eut pourtant quelques faits notables qui vinrent accélérer la progression des travaux. On vit l'Empereur Dexton accepter la proposition de la Tribu des Percécorces et les conseils qu'ils prodiguèrent aux bâtisseurs firent progresser d'un pas de shalah les chantiers du Désert Ardent. Dans le domaine sylvestre du Roi Yrkanis, le botaniste royal Perinia mit au point de nouvelles fibres pour les tentes des postes militaires qui bientôt semblèrent s'élever d'elles-mêmes. Les chantiers trykers, quant à eux, reçurent l'aide inattendue de la Tribu des Sculpteurs de Vase : un matin, les constructeurs d'Aeden Aqueous virent venir à eux une longue caravane de mektoubs chargés de pièces que tout bâtisseur considèrerait comme un trésor. Quant aux chantiers du Pays malade, il ne fit aucun doute que les Kamis apportèrent leur aide éminemment magique au Peuple des Masques.

Ces épisodes donnèrent de brefs sursauts dans l'établissement des campements militaires homins, mais ce fut surtout la ténacité des Peuples qui parvint à venir à bout de la plupart des chantiers et qui permit de voir s'élever les premières tentes et les tours aux dernières heures du 2e CA de 2546.

Bien leur en prit, car au printemps du cycle suivant, les Kitins démontrèrent une fois de plus leur appétit de conquête de la surface de l'Ecorce.

Lentement, mais sûrement, issus des profondeurs, les Kitins envahirent les Nouvelles Terres. Lentement, sans jamais reculer, ils se firent de plus en plus nombreux sur les territoires des homins. Lentement, la peur grandit dans les ventres. Une nouvelle invasion avait commencé.

Certains peuples avaient réussi à mettre fin aux chantiers avant que l'invasion pressentie ne se déclare. Les Zoraï avaient de fait fini la totalité de leurs tours avant que les Kitins ne jaillissent des profondeurs, telle l'eau sortant d'une source dans le Désert. Les Fyros finirent cinq tours sur les six débutées. Ils furent donc avertis au même moment que les Zoraï'i. Les Trykers, bien que plus avancés que les Matis, ne finirent pas leurs tours à temps, mais très vite les rumeurs enflèrent pour devenir des cris de stupeur, des pleurs, mais aussi des prises d'armes et de vaillantes résolutions.

Les campements se trouvèrent isolés et bientôt, plus aucune caravane ne réussit à les atteindre pour apporter les ravitaillements nécessaires aux garnisons en place.

Les dirigeants réagirent vite, chacun faisant lever une armée de volontaires pour pourfendre l'ennemi des Homins et ouvrir des chemins aux caravanes dans la masse des Kitins. Le fils de sharükos Lykos, sur ordre de son père Dexton, prit la tête d'un groupe de Patriotes fyros. Yrkanis le Roi matis en personne rassembla ses Sujets et se jeta à corps perdu dans de sanglantes batailles. Ba'Nakry Codgan, chef de la tribu des Corsaires, mena ses homins avec les habitants des Lacs pour repousser les Kitins. Enfin, le Sage Saison, semblable à Atys, se réveillant de sa léthargie hivernale et animé par l'impétuosité du printemps, mena les Initiés afin de combattre les envahisseurs venus des profondeurs de l'Ecorce.

Des semaines durant, les Peuples homins repoussèrent sans relâche les Kitins de leurs terres, continuant à ravitailler, depuis leurs entrepôts, les campements qu'ils avaient construits.


C'est au cours de l'été du 3e CA de l'année de Jena 2546 que les forces kitines commencèrent à reculer devant la puissance et la détermination des homins de toutes régions et de tous les Peuples. Le combat devait pourtant durer encore de longs mois.

La surprise vint d'un appel solitaire fait par une certaine Vanila au début du 3e CA de 2546. A l'instar des dirigeants, elle appela chaque homin de chaque région à se liguer contre la menace kitine dans les quatre pays. Comme un seul homin, les généraux Matis et Tryker, Milvia Tinarinia et Rehn Lynny, ainsi que les Maîtres de Guerre Fyros et Zoraï Decalion Krilus et Chan Ce-Jian, répondirent à l'appel, avec l'aval de chaque dirigeant. Rehn Lynny fut secondée par Ba'Nakry Codgan, qui mena les enfants des Vents dans les Vents du Songe, tandis qu'elle menait le massacre en Loria. Decalion Krilus commanda un groupe de Patriotes qui seuls répondirent à l'appel dans la région de l'Oasis d'Oflovak puis dans la région des Tours de Frahar, et ceux-ci compensèrent leur petit nombre par une férocité peu commune. Chan Ce-Jian mena les Zoraï'i dans le Bosquet Vierge tandis qu'une partie d'entre eux massacrait les Kitins dans la région du Vide. Le Roi Yrkanis, quant à lui, ne sembla pas dans un premier temps vouloir répondre à l'appel de l'homine et il fallut l'insistance du général Milvia Tinarinia pour qu'il accepte de réunir à nouveau son peuple contre l'invasion des Kitins des profondeurs.

Au cours du dernier CA de l'année de Jena 2546, les bases militaires achevées avaient fait leur office. Plus un seul Kitin blanchâtre ne subsistait. Alors que l'on pensait les Kitins des profondeurs refoulés une fois pour toutes, de ces mêmes profondeurs surgirent des hurlements terrifiants. Ce ne furent plus des hordes de Kitins bleus-blancs qui surgirent des profondeurs, mais bien des armées, visant les quatre villes les plus importantes de chaque pays. Les camps faillirent malheureusement à leur objectif : enrayer l'invasion. Les soldats en poste furent impuissants devant la marée de Kitins qui fondaient sur les capitales. Cependant, les responsables des camps purent prévenir à temps les autorités gouvernementales de chaque pays. C’est ainsi que tel un seul homin, l'Empereur Dexton, le Roi Yrkanis, le Gouverneur Denen Toen et le Grand Sage Mabreka Cho mobilisèrent leurs peuples respectifs au plus vite. L'horizon de cette année-là fut bien sombre ...

Pourtant, cet horizon ne fut pas le dernier qu'aurait à connaître l'Hominité. Sachant ce qui les attendait, chaque dirigeant sut motiver son peuple pour une bataille finale et décisive face à des adversaires plus forts que jamais. Des Lacs jusqu'au Désert, du haut des Sommets Verdoyants jusque dans le Pays Malade, les cris de guerre retentirent, et les armes et les griffes se rencontrèrent, les sorts détruisirent la chitine et les mandibules broyèrent la chair des homins.

Pendant plusieurs jours les batailles firent rage, mais quant au final les commandeurs Kitins durent sortir pour assister leurs troupes, tous surent que la fin de la bataille était proche, et qu'elle ne penchait pas en faveur des Kitins.

Quand enfin le dernier Kitin tomba, alors l'Hominité venait de triompher de ce qui aurait pu être le second Grand Essaim.

Erlan, Chroniqueur
in Les Chroniques d'Erlan, 2546 CA II et III.

Divers témoignages joints aux écrits de l'archiviste¶
Quand les sèves ennemies se mêlent¶
Aujourd'hui, ma hache aurait pu pourfendre mon ennemi juré et le renvoyer avec déshonneur auprès de sa déesse. Mais mon bras a retenu son geste. Ma bravoure n'était pas en cause, pas plus que ma détermination et mon courage. Pourquoi alors, me direz-vous ? Pourquoi ne pas avoir achevé cet être que je traque depuis tant d'années ? Lisez ceci et vous comprendrez...

L'herbe était déjà haute en ce début de printemps. Les arbres et arbustes de la forêt matis, enfin débarrassés de la lourde neige, avaient vu grandir leur pousses de l'année qui, bien qu'encore fragiles, dressaient fièrement leur bois tendre vers le ciel, offrant avec ravissement leur feuillage neuf à l'astre du jour.

Pister Coriando Lagiardi depuis les portes du désert avait été un jeu d'enfant. Des traces espacées inégalement, l'une légèrement plus enfoncée que l'autre, témoignaient d'une boiterie légère mais persistante. Le vieux matis ne s'était pas encore remis de mon coup de hache de la veille. Les kamis m'en sont témoins, cette fois-ci, je le tenais. Du moins, c'est ce que je croyais.

Alors que je m'attendais à le voir se diriger vers Yrkanis, ses traces obliquèrent peu après la Petite Montagne pour aller vers le Bosquet de la Confusion. Un sourire se dessina sur mes lèvres. Peu m'importait où il allait, sa course se finirait contre la lame de ma hache.


Porte du Bosquet Est. Les cadavres des jugulas jonchaient le chemin devant moi, tranchés par la lame d'une épée honnie entre toutes. Je t'aurai, Coriando ... L'affront que tu m'as fait devant les miens sera chèrement payé !

Alors que je traversais le dédale s'ouvrant devant moi, mon regard fut attiré par des traces inhabituelles en ce lieu. M'arrêtant un instant, je détaillais avec étonnement les empreintes, incrédule. C'était impossible ! Et pourtant, c'était à n'en pas douter des traces de kinreys devant moi. Les traces fraîches de trois kinreys en plein pays matis !

Je redoublais de vitesse. Cette activité kitine anormale m'inquiétait plus que je ne voulais me l'avouer. Surtout qu'un peu plus loin, je découvris le passage récent d'un trio de kipuckas. Mais à ce moment-là je ne songeais qu'au matis que je traquais et dont la piste devenait de plus en plus fraîche ...

Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque je le vis. Il était assis au centre de l'Atelier du Bosquet Est. Restant à couvert, je l'observais. Silhouette courbée au milieu des décombres rectilignes ... Par Ma-Duk, avons-nous tant vieilli tous les deux ?

Je me suis approché furtivement. Dans un instant, mon long cri de guerre ferait fuir les oiseaux printaniers et le choc de nos lames retentirait à travers la clairière.

Il savait que j'étais là bien avant que j'esquisse le premier geste. Je l'ai senti dans son attitude. Son dos légèrement redressé, ses pieds solidement ancrés au sol, ses muscles prêts à le faire bondir sur moi au moindre de mes gestes. Un ennemi digne de moi.

Nous combattîmes longtemps, lui et moi, ce jour-là. Ma hache s'abattait sur lui avec une fureur indescriptible, renforcée par mes puissants cris de guerrier. Il parait et esquivait tour à tour, retrouvant l'agilité de sa jeunesse, ripostant avec une adresse digne d'estime. J'attendais ce moment depuis si longtemps ! Maudit sois-tu, Coriando Lagiardi ! L'heure de la Justice avait enfin sonné ! Mes coups de haches se faisaient de plus en plus puissants, ajoutant encore à leur redoutable précision. L'ennemi reculait peu à peu malgré lui, sa blessure de la veille le privant de la mobilité nécessaire pour m'égaler au combat. Quand enfin il tituba et posa un genou au sol, un cri de victoire sortit de ma gorge tandis que mon arme s'apprêtait à lui donner le coup fatal.

C'est alors que nous les vîmes. Trois paires d'yeux nous fixant froidement. Trois kinreys bleutés nous chargeant dans un bruit de pattes caractéristiques. Au même moment, à l'opposée de la clairière, un trio de kipuckas de la même couleur chargeait également, attiré par les éclats sonores de la bataille. Coriando et moi nous dévisageâmes un bref instant. Et d'un commun accord, nous conclûmes tacitement une trêve. J'aidai mon ennemi à se relever et c'est côte à côte que nous combattîmes les kitins. Nous savions que, dans l'état de fatigue où nous nous trouvions, la mort de l'un aurait signifié la mort de l'autre. Aussi, en vieux homins aguerris, nous avons opté pour la sagesse et ensemble, nous avons repoussé la horde kitine.

Je fendrai un jour Coriando Lagiardi de ma hache, mais pas ce jour-là. Une autre tâche nous incombait pour le moment : celle de prévenir les nôtres que les kitins étaient sortis des Primes Racines et commençaient à envahir la surface...

Extrait du journal d'Ebakus Lokeus, au IIe CA de 2546

Poudre de sciure¶
Poudre verte dans sa main. Une si douce sensation ... Le soleil était haut et tapait fort dans son dos, mais il continuait son travail, acharné. Fou ? Non, passionné.

Tac ! Tac ! Tac ! Le bruit de la pioche qui s'abat, qui racle la sciure ... Schlack ! La matière première est extraite.


Karius Xarinyx forait depuis plusieurs jours en ne s'accordant qu'un bref repos et se nourrissant de peu. Le seul petit plaisir qu'il s'accordait était la liqueur de shooki ambrée qui reposait dans les fontes de son mektoub de bât, qu'il avait nommé Shooki pour l'avoir acheté lors d'une fête trop arrosée. Il ne regrettait pas son geste, mais il en regrettait presque de ne pas avoir été assez vigilant, puisqu'il avait dépensé sans s'en rendre compte la quasi-totalité de ses économies. Tout en creusant et en consolidant les parois de la source exploitée, il sourit en se rappelant la raison de l'ivresse de ce jour-là. Il avait vu le Prince. L'Empereur Dexton avait présenté lors de son dernier discours, pour annoncer le début d'une grande campagne d'édification de « camps militaires », le sharümal¹ à la foule de gens réunis. Karius en faisait partie, et comme la plupart, c'était la première fois qu'il le voyait à l'Agora de Pyr. La compagne de Karius s'était étonnée de sa taille ainsi que de sa beauté. Karius avait répondu qu'il devait tenir de l'Impératrice Xania, non sans un sourire. Sa compagne l'avait gentiment réprimandé. Ce soir-là, il but jusqu'à plus soif et finit à traîner dans les ruelles. C'est ainsi qu'il fit l'acquisition de Shooki et qu'il décida de participer activement à l'érection des camps militaires. Pour les kitins, d'après sharükos². "Peut-être pour voir aussi si les matis vont pas passer à l'attaque", se dit Karius alors qu'il extrayait une énième ressource d'une assez bonne qualité.

Sa source entièrement exploitée, il se releva et porta les matières premières jusqu'à son mektoub, pour les mettre dans les fontes. Le chemin du retour serait salvateur, et il comptait bien rentrer et fêter tout cela avec son homine qui était, elle, partie à la chasse aux kitins non loin d'ici. L'apparition de ces kitins blancs était inquiétante, aussi les patriotes fyros partaient faire des chasses à l'immondice qu'ils représentaient. Pour bon nombre d'entre eux, le Grand Essaim était encore trop près ... Pas assez de sciure n'avait voyagé dans le Désert pour que l'on puisse se permettre d'oublier, d'autant plus que la menace était réelle. C'était loin d'être un souvenir ...
Il claqua de la langue après avoir chargé les matières extraites, résultat de son labeur, sur Shooki, et avoir pris une longue rasade de liqueur. Le mektoub le suivit docilement et ensemble ils partirent en direction de l'entrepôt des Quatre Chemins, point de ralliement des matières où elles seraient travaillées, transformées.

Selix Lyseus l'apostropha alors qu'il venait d'arriver :
« Oren Pyr mon bon Karius ! C'est à cette heure-ci que tu te ramènes ? »
Karius mena son mektoub devant le responsable des matières Meron Zessen qui le remercia en murmurant « Akep », tout en faisant des paquets en grimaçant après tant d'heures de travail. Son dos le faisait souffrir. Karius répondit au Fournisseur :
« Ney, j'ai plutôt bien travaillé aujourd'hui ! J'espère que ça avance bien ?
- Il paraît oué ! L'idée de notre sharükos est excellente, ça maintient en forme les patriotes et on ne voit plus que des mektoubs lancés au galop dans le Désert ! Ah sharükos, si tu voyais ton peuple !
- Ah, bien, bien, fit le fyros en souriant, je vais donc rentrer à Pyr voir si Lerris, mon homine, est rentrée, et me reposer ...
- Et bien, Karius, ça m'ennuie de te demander cela après la journée que tu as eue, mais nous avons des livraisons en retard, et ...
- Très bien, je m'en occupe. Ça me fera faire une petite balade ... et j'ai encore de la liqueur de shooki ! »
Karius et Selix échangèrent des banalités tandis que Karius chargeait Shooki des paquets qu'il destinerait aux chantiers. Le tout était de ne pas se tromper de destinataire ... Mais les gars sur les chantiers avaient l'habitude, il paraît.
Sur le départ, ils hurlèrent tous deux « Sharükos ékud » et Karius s'en fut, chevauchant son mektoub à bride abattue sur la sciure du Désert.

Alors qu'il venait de passer l'Oasis d'Oflovak, le mektoub se cabra, faisant tomber à terre son cavalier. Shooki s'enfuit en faisant tomber les paquets destinés aux chantiers, ainsi que la pioche du fyros. Malheureusement la liqueur de shooki resta dans les fontes du mektoub. Quelque peu sonné, Karius regarda autour de lui pour comprendre d'où venait la peur du mektoub. Il ne vit rien, mais une odeur se fraya un chemin jusqu'à ses narines. Cette même odeur lui fit hérisser les poils de la nuque, créant une vague de peur intense qui cloua sur place le fyros. Cette odeur ... Horrible, venant des entrailles d'Atys ... Les kitins. Droit devant. Trois kirostas d'un gris bleuté accompagnés de kidinaks.
Le fyros tenta de se lever, il ne le put. La peur avait créé les lianes de la détresse et maintenait dans sa toile le pauvre homin, qui ne put que regarder les kirostas rugir, et avancer lentement vers lui. Il ne put que saisir sa pioche, arme de fortune, tandis que les kitins piétinaient les paquets destinés aux camps militaires.

La bataille ne fut pas glorieuse, car il n'y a aucune gloire dans les combats inégaux. Le fyros ne chercha pas à se défendre, il tenta de se dégager et de courir pour atteindre les eaux profondes de l'Oasis qui n'était pas très loin. Il réussit, mais était gravement blessé. Rugissant, les kitins se désintéressèrent de leur proie pour jeter leur colère, ou leur faim, sur les armas venus se désaltérer. Karius, dans l'eau, toujours sa pioche en main, nagea lentement vers la rive opposée. Il était hors de danger. Regardant sa pioche, le visage livide, il sourit.

Poudre verte dans sa main. Douce sensation... Il ferma les yeux et se concentra avec difficulté, puis jeta d'un geste lent la poudre sur la sciure, et le bruit qui lui était familier sonna à ses oreilles. Il tomba à genoux. Mais il avait vu le Prince ...

Écrit par Lerris Xarinyx, en 2546, CA II.

¹ : Sharümal signifie « Enfant de la Tête », soit le Prince, en fyros.
² : Sharükos signifie « la Tête des homins », soit Empereur, en fyros.

Le silence de la corruption¶
Un jeu de regard en dit plus long qu'un long et assommant discours. Le tryker faisait face au matis, à l'ombre des regards et d'un arbre en fleurs. Voûté, le matis réfléchissait à toute allure. L'affaire à conclure était tentante mais les risques encourus étaient bien plus importants. Toujours yeux dans les yeux, un sourire narquois naquit sur le visage tacheté de roux du tryker.
« Et si je rajoute cette petite bourse ? » demanda-t-il d'un air innocent en soulevant une bourse assez importante de dappers, ce qui fit changer de manière radicale l'avis du fier matis. Il hocha la tête en souriant à son tour, puis ils se serrèrent la main.

« Pecho ! Ramène ton séant de feignant ici ! » beugla le matis, qui l'air de rien, s'était emparé de manière avide de la bourse du tryker.
L'homin concerné arriva en courant, le souffle court. Vêtu d'une simple tenue légère trouée par endroits, il n'avait pas l'air très soigneux, et contrastait de manière cruelle avec son supérieur, vêtu d'une ample tenue rouge. De la haute qualité, à n'en pas douter.
« Sil, maître Gichio ? »
« Donne à notre ami tryker ce qu'il veut, et tâche de garder ça pour toi. » fit le matis en se détournant des deux homins et faisant mine de retourner à son travail, tapotant d'un air ravi la bourse qui désormais pendait à sa ceinture.

***

Pechini Benia n'avait rien pour elle. Un nez trop long, une forte carrure, une bouche disgracieuse... L'on murmurait sur son passage que c'était la progéniture bâtarde d'un Noble matis qui, voyant l'horrible résultat de son aventure décida de l'abandonner à une famille d'ouvriers. Pechini, elle, savait qu'elle était la fille de ses parents. Elle en avait hérité tous les défauts physiques ainsi que le caractère de bodoc de son père.
N'ayant aucune notion du combat, une affaire d'homin, avait dit son autoritaire père, elle avait opté pour l'artisanat matis et était vite devenue une experte dans le domaine. Lorsque le Roi annonça au peuple qu'ils auraient pour mission de récolter des matières premières et de les convoyer une fois travaillées aux divers chantiers de la forêt, elle s'engagea sans chercher à réfléchir. Si son père ne pouvait être fier d'elle sur son aspect physique, alors il le serait quand il apprendrait qu'elle travaillait au service du Karan. Son lieu de prédilection était devenu le Bosquet de la Confusion, dont elle en connaissait à présent jusqu'au moindre recoin, jusqu'à la moindre tanière de torbak. Alors que ses mektoubs grognaient et que l'Astre du Jour se cachait derrière une branche céleste, elle reboucha le trou qu'elle venait d'exploiter, accrocha sa pioche aux fontes du mektoub et enfourcha la monture qui paissait paisiblement à côté de ses congénères, puis partit en direction de l'entrepôt. Elle envisageait de faire une livraison avant de songer à se reposer. Elle rentrerait tard dans la nuit, et c'était mieux ainsi, pensait-elle.

***

Arrivée au campement en chantier du maître Gichio, connu pour son caractère peu encourageant, elle se laissa tomber de sa selle lestement jusqu'au sol. La fatigue commençait à se faire sentir, et son mektoub lui décocha un regard qui aurait pu être interprété comme une rancune contre la surexploitation de son espèce. Elle appela, sans grande conviction, le contremaître Gichio, ou son assistant Pecho le simplet. Mais aucune réponse ne lui fut donnée.
« Étrange, pensa-t-elle, il devrait au moins y avoir quelqu'un ... »
Des bruits étranges parvenaient à ses oreilles, mais elle n'aurait su dire d'où ils venaient. Elle se promena dans le chantier, menant son mektoub de monte par la bride, ravie de s'accorder un peu de repos après une longue course-poursuite contre trois torbaks visiblement affamés. Au fur et à mesure de son avancée à travers le chantier, les bruits se firent plus clairs, plus distincts. C'était visiblement une discussion animée bien qu'à voix basse, mêlant au moins deux personnes. Elle reconnut l'accent très prononcé du Matis Gichio et un accent tryker.
« Étrange » pensa-t-elle de nouveau, tout en se dirigeant vers les lieux de la discussion, ordonnant à son mektoub de monte de l'attendre sur place.


Elle sursauta quand un mektoub non loin d'elle, qu'elle n'avait pas vu, renâcla. Pechini regarda alors un peu plus précisément et vit une dizaine de mektoubs rassemblés, fontes vides. Les voix semblèrent se rapprocher et se firent plus distinctes. Son instinct lui ordonna de se cacher derrière une pile de caisses de bois à l'odeur étrange. Soudain, la discussion se fit plus claire et on ne peut plus audible :
« ... troisième fois du mois que vous venez, notre accord ne comprenait pas autant d'acharnement de votre part ! Je risque ma place, vous savez !
- Cessez donc de brailler, vous appréciez les sacs de dappers que je vous laisse à chaque fois, alors ne me dites pas que cela vous embête, et de toutes manières, personne ne s'en est rendu compte !
- Personne, personne ... Je dois acheter le silence de mes homins, sinon ils courraient voir les magistrats royaux !
- Ah mais taisez-vous donc. »
Une affaire de corruption ... Les matières premières du chantier étaient vendues aux Trykers ! Pechini ne put s'empêcher de frissonner. Le Roi serait furieux d'apprendre cela, et Pechini ne voulait pas rater l'occasion de se montrer être celle qui révèlerait l'affaire au Karan ou au Conseiller Rodi de Varelo. Jubilant intérieurement, elle n'entendit pas les pas s'approcher au niveau des caisses à l'odeur étrange. Trop tard pour fuir ... Gichio venait de prendre une lourde caisse pour l'attacher aux fontes du mektoub, rendant visible et vulnérable la pauvre matis. Avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir, une dague Flyer transperça sa poitrine. Puis, tout devint noir.

***

Elle reprit connaissance au téléporteur de la Karavan, l'air hagard. Trop d'horreurs en moins d'une heure fermèrent sa bouche comme on ferme une porte de bois massif. Elle ne parla plus jamais, mais ce ne fut pas nécessaire dans cette affaire. Un membre de la Guilde de Karavia ayant eu vent d'une disparition de fournitures se rendit anonymement sur le chantier, comme ouvrier. Il vit de ses propres yeux la trahison, alors que le Tryker avait envoyé une nouvelle caravane pour leur prendre des matières de construction. Gichio et son assistant Pecho furent exilés par le Roi Yrkanis en personne très peu de temps après. Honte de sa famille, Pechini Benia fut contrainte de vivre recluse à partir de ce jour.

Écrit anonyme de faits se déroulants au CA II 2546 (JY).

Et pour quelques dappers de plus¶
Note de l'archiviste : Ce pli était visiblement à destination d'un certain O'Duffy Garmer, responsable des fournisseurs sur les chantiers des campements militaires lors du Printemps où les tentes fleurirent.

Lordoy nair-O'Duffy Garmer

Je sors d'une inspection des chantiers et j'ai pu constater comme les travaux avançaient avec rapidité. Du moins en ce qui concerne les Criques Ensorcelées, les Eaux du Repos er les Cimes Jumelles ... Les camps des Étangs de Loria et du Trou du Silence sont en revanche moins qu'avancés. J'ai bien vérifié là-bas, pensant y trouver un marchand de bière venu perturber le rythme de travail des trykers, mais non, rien ! J'ai donc mené mon enquête auprès des bâtisseurs sur place, et ceux-ci m'ont assuré qu'ils passaient de longues journées, sans bière ni sieste, soit-disant, à attendre que les matériaux et éléments fabriqués à l'entrepôt de Vertval ne leur parviennent.

J'ai dû interroger plusieurs fournisseurs, bière à l'appui, afin de comprendre les raisons des délais de l'approvisionnement des chantiers les plus éloignés. Il ressort de ma petite enquête que le trajet menant aux campements les plus éloignés est un peu trop ... le terrain de chasse des gros prédateurs, si tu vois ce que je veux dire ... Si bien que la plupart des mektoubiers refusent d'y conduire leur monture ou mektoub de bât, prétextant un voyage trop long et donc un coût en fourrage trop élevé.

J'ai donc décidé, pour le bien du projet, d'agiter sous les yeux du peuple quelque chose qui devrait le stimuler : afin d'accélérer la construction des chantiers, je récompenserai les mektoubiers ayant livré l'un des six chantiers d'une dotation de 10 000 dappers, perçue lors de la livraison, au campement. Ainsi les mektoubiers seront-ils dédommagés des frais de fourrage. "Le repos ou les dappers, il faut choisir !", dirait mon oncle Ba'Dairi !

Le porteur de ce pli à la belle écriture (tu apprécieras l'effort, j'espère) déposera pour chacun des responsables de chaque campement un petit coffre de bois de racine contenant assez de dappers pour payer les livreurs durant plusieurs jours. Je te ferai ainsi parvenir de manière régulière des sommes équivalentes pour chacun d'entre eux. Attention, interdit de piocher dedans pour d'autres raisons !

Je te laisse à ton travail,

Ken bai Winni kard sul, yem tala,

Tor Lochi,

Ba'Darins Baksan, 2e CA 2546

Le Vent de Vase mêlée¶
Un, deux, trois, ... Dix ... Vingt-cinq. Le compte y était ! Je me suis retournée pour regarder mes compagnons et ai levé les yeux vers la bannière Karavan flottant au dessus du camp, baignant d'une agréable lueur verte nos montures aux premières lueurs du jour. Be'Keeer Breggan, impassible, nous regardait effectuer les derniers préparatifs sans que l'ombre de l'inquiétude ne ride son visage. Notre chargement était important, et cher de surcroit. Un véritable trésor pour les artisans que nous sommes, mais qui pourrait paraître bien dérisoire aux yeux de purs guerriers comme nous en avons à maintes reprises croisés durant notre périple.

La progression des chantiers n'avait pas plu à bon nombre d'entre nous. Trop lents, plein de bonne volonté certes, mais peu efficaces, les ouvriers travaillaient gauchement et sans la grâce à laquelle notre tribu habituait les riches clients trykers mais aussi matis. Be'Keeer Breggan, notre chef actuel, était arrivé à une conclusion avec Denen Toen, le Gouverneur de Nouvelle Trykoth : notre tribu se devait d'apporter son aide à ceux qui approvisionnaient les chantiers. Notre chef se soucie aussi bien de la sécurité de sa tribu que de la sécurité d'Aeden Aqueous, bien qu'il ne soit pas un combattant. Les armes ne font pas tout ; pour être efficace, il faut aussi de bons outils.

Alors qu'ils parlaient de choses et autres datant d'une époque aujourd'hui révolue, notre bon Gouverneur demanda à notre chef de tribu s'il était disposé à libérer certains de ses artisans pour quelques jours, afin qu'ils fassent le tour des chantiers et dirigent les opérations. Notre chef, ravi de cette demande de la part du Gouverneur, mais étonné aussi car il était de notoriété publique que les suivants de la Karavan étant mal vus dans les Lacs depuis quelques temps suite à on ne sait quelle lubie, approuva l'idée vivement et proposa spontanément de livrer les chantiers avec des outils fabriqués pour travailler et non pas pour décorer. Ils conclurent le marché par une poignée de main et se séparèrent. Le soir même, le campement de la tribu était en totale effervescence.

Nous sommes donc partis tôt dans la matinée, alors que pointaient seulement les premières lumières de l'astre du jour. Notre route promettait d'être longue ... longue et pénible. Mais pour notre peuple, nous ferions tout. Alors commença notre long périple.

Torbaks, Kinchers, Cloppers, Goaris et autres joyeusetés. Notre trajet n'était pas de tout repos et promettait d'être difficile ! Mais nous étions bien équipés, armés comme des fyros partant pour la bataille et prêts à chercher la graine céleste s'il l'avait fallu. Tout commença à s'agiter quand les premiers Kitins blancs, quelle répugnance, se dressèrent sur notre chemin. Une longue moisson kitine débuta alors. Mandibules tranchantes et griffes acérées contre lames affutées et mages déchaînés. Il fallait que nous avancions coûte que coûte afin d'approvisionner les chantiers en outils de qualité. Nous perdîmes deux mektoubs durant notre périple : l'un mourut de ses blessures, une piqûre fatale de Kirosta, l'autre finit éventré dans un cri déchirant. Par chance, la cargaison fut sauvée et harnachée sur les mektoubs vaillants qui restaient. Nous parvînmes à accomplir notre mission et lorsque le ciel se teinta à nouveau de rouge, deux jours plus tard, nous étions rentrés, sains et saufs. Grâce à nos outils, les campements avancèrent à grande vitesse l'espace de quelques mois.

Extrait du cahier journalier de Berry O'Marly, Sculpteur de Vase
Journée du Quinteth, Pluvia 11, 2e CA 2546 (JY).

Des inconscients par paquets¶
Après la réunion des Taliari du Tria, Floris 9, 2e CA 2546, le chef des Corsaires rentra au camp de base. Il annonça que le Quinteth, Floris 29 prochain, nous aurions à escorter les membres de la Fédération volontaires pour une expédition de masse. L'affaire des campements militaires concerne aussi les Corsaires, puisque c'est un peu le travail qu'ils effectuent dans les Lacs de la Liberté. Autour du feu de bois de la nuit tombante, plusieurs volontaires furent désignés par le chef pour se charger d'escorter les Trykers dans ce dangereux périple.


Nous ne sommes pas arrivés à l'heure, l'un d'entre nous ayant « oublié » qu'il fallait se présenter à une certaine heure au campement. Ne voyant toujours pas arriver le retardataire, Ba'Nakry Codgan décida de partir sans lui. C'est alors qu'in extremis, le concerné débarqua en trombe dans le camp, encore essoufflé. En guise de punition, nous sommes partis immédiatement, le pauvre n'ayant pas même le temps de souffler. Retentirent alors des chants Corsaires à la gloire de Still Wyler et de sa bravoure, jusqu'à ce que Fairhaven la flottante soit en vue. Une fois arrivés à l'étable, nous avons formé un cercle derrière de notre chef, et ce dernier a appelé par son prénom une jolie tryker vêtue comme un Corsaire que je n'avais jamais vue. Il lui demanda de nous accompagner dans notre tâche de défense, et d'évoluer parmi nous. Le chef a peut-être le béguin pour elle, qui sait ?

Quoi qu'il en soit, accompagnés de July, la tryker habillée comme nous, et des membres de la Fédération, nous sommes partis en direction de l'entrepôt. Les paquets chargés, la longue caravane désordonnée que nous formions s'est mise en route. Peu après le premier campement, Ba'Nakry Codgan a prêté l'insigne des Corsaires à July, contre toute attente. Il est amoureux d'elle, c'est sûr.

Le groupe d'homins a fait son bonhomin de chemin, comme dirait le copain toujours ivre mort au coin du feu de camp, et sans grands dangers à affronter, mis à part à l'Île Enchantée où nous avons dû faire demi-tour pour tenter de sauver ceux que nous avions laissés derrière. Sans faire exprès, le benêt qui nous menait avait foncé à bride abattue dans une réunion de kitins. Ba'Nakry Codgan n'était pas content du tout.

Le périple s'est terminé dans la joie et la bonne humeur, malgré le peu de survivants, bon nombre des partants d'origine ayant laissé la caravane pour aller à leur vitesse, seuls, ou pour abandonner l'aventure, rentrant à Fairhaven. C'est aussi à ce moment, je crois, que les trykers participant à l'expédition se mirent à chanter. Enfin, une personne s'est mise à chanter, et encore heureux qu'elle fut seule !

Le dernier paquet livré, au campement militaire en construction de la Forteresse de Loria, nous avons conduit les derniers vaillants aux Chutes de la Rosée, en passant par les Vents du Songe. Puis nous les avons laissés là, nos chemins divergeant. L'aimable Corsaire d'un jour remit son insigne temporaire à Ba'Nakry Codgan, le sourire aux lèvres, le remerciant de sa confiance, puis nous sommes rentrés au camp de base des Corsaires.

Le chef dans tout ça ? Oh, il est amoureux, c'est sûr ! Mais on ne lui a pas demandé, de peur d'avoir en punition une nouvelle expédition à organiser.

Écrit par un corsaire qui fut membre de l'expédition pendant le CA II de 2546 (JY).

Ailes de Sève¶
[…] Une découverte fantastique qui pourrait m'élever au même rang que Bravichi Lenardi, que l'on surnommait en son temps l'Architecte du Vivant. La fibre que j'ai mise au point demande de nombreuses étapes dans son élaboration et se trouve être la plus résistante et la plus belle que l'on ait jamais vue de mémoire d'Homin. L'idée pourtant banale m'est venue en réfléchissant et en admirant une fois de plus la Rotoa Bravichi, joyau qui fut menacé par un sombre et sournois complot visant à déstabiliser notre Royaume, complot pourtant déjoué avec l'aide des Sujets matis en l'année de Jena 2544.

Mon projet a été présenté au Roi par le conseiller et tuteur du Collège Royal Rodi de Varelo. Le Roi a apprécié ma découverte et a derechef organisé une expédition menant à visiter les six campements militaires en construction. Le Karan en a profité d'ailleurs pour inspecter lui-même les chantiers et leur avancée, conviant aussi les Sujets désireux de faire une livraison en compagnie du Roi.

Le jour annoncé, les Sujets étaient nombreux à avoir répondu à l'appel du Karan et montraient un intérêt non feint pour le tour des campements annoncé. Sur de sages paroles, le signal fut donné et nous partîmes ensemble, certains sur leur monture, d'autre suivis par leurs mektoubs de bât.

A dos de mektoub, nous avons donc parcouru l'intégralité, ou presque, du Royaume, en plusieurs jours. Arrivé au premier campement, le Roi avisa un groupe de kitins, d'infects Kipees, et, brandissant le poing, il tourna son pouce vers le sol. Le signal était donné et ses Sujets, vaillamment, massacrèrent les kitins. Le Roi apprécia la dévotion avec laquelle les Sujets exécutaient ses ordres et annonça d'une voix forte et vibrante de haine qu'aucun kitin ne devrait survivre au passage de notre caravane. Les Sujets, fort désireux de plaire à notre bon Karan, ne firent aucun quartier à ces immondices créées par le Grand Dragon. Le Roi lui-même brandit vivement sa pique majestueuse, et comme dans une danse de puissance, se mêla aux combats sanglants, ce qui eut un effet des plus encourageants sur les Sujets qui redoublèrent de ferveur dans les affrontements. Nous avons aussi fait deux arrêts à Davae et Natae entre certains campements pour que nos mektoubs de monte puissent se reposer et se restaurer.

Une fois rentrés, le Karan fit un discours, quelque peu perturbé par des réflexions dénuées de sens, annonçant qu'un grand changement dans le système social du Royaume allait arriver après la fin de la construction des camps militaires. Le Peuple semble avoir apprécié la nouvelle et cette « ballade de santé » a fait le plus grand bien à notre Karan.

Extrait des cahiers personnels de Cuiccio Perinia, CA II 2546 (JY).

Varinx en embuscade¶

[…] se porte à merveille, et je ne doute pas qu'elle sera apte à vous succéder en tant que chef des clans maraudeurs. Mais laissons là les prévisions futuristes et passons à la raison-même de cette lettre, ô puissant Varinx Noir. Je crains qu'elles ne vous déplaisent au plus haut point pour la majeure partie, mais je me fais un devoir de vous narrer les péripéties de ces derniers jours, vous qui avez fait de moi la Lame du Désert.

La rumeur m'est parvenue via votre fille Akilia Tempête de Cendres, et j'avoue avoir beaucoup ri. L'Empereur Dexton a demandé à son peuple de bâtir des tours de guets et des campements militaires pour surveiller les activités kitines et maraudeurs. Je trouve l'idée compréhensible en ce qui concerne les kitins, mais pour les maraudeurs, cela prête à rire. Intriguée, je me suis donc rendue sur les chantiers dont la plupart étaient déjà finis. Arrivée au campement inachevé du Couloir Brûlé, j'ai rencontré une troupe de fyros portant le blason des Prophètes de la Lumière. Le combat fut très inégal, et même si je ne me suis pas laissée abattre facilement, ils eurent raison de moi et de mes gardiens pourtant nombreux. Grâce à notre maîtrise de la résurrection et de la téléportation, je me rendis rapidement vers les Quatre Chemins, où l'entrepôt était établi. Malheureusement, un patriote me vit et sonna l'alerte à Pyr. Son sort ne fut pas différent de bon nombre d'entre ceux qui s'attirent mes foudres, vous le savez, ô Melkiar.

Fait notable, un de nos ex-adeptes s'est retourné contre moi et ma puissance. Je me souviens très bien de lui, et sais notamment qu'il menait le Clan Maraudeur Obscur. Soyez sûr, seigneur, que le message de ne plus jamais faire confiance à un homin aussi traître et peu fidèle à sa parole est passé à mes semblables dans les Nouvelles Terres. Le déchu aida en outre une quinzaine de Patriotes fyros à me combattre. Mes gardiens tombèrent les uns après les autres, les fyros étant aidés des gardes du campement situé non loin. Après de nombreuses heures de combat acharné, car il n'est pas dit que je me laisse impressionner par le nombre des assaillants, je sombrais dans la noirceur de l'inconscience, et aujourd'hui, malheureusement, je dois me reposer, ayant encore quelques séquelles de cette bataille. Je crois avoir perdu quelques-uns de nos cristaux dans ces affrontements vains et futiles, je m'en rends compte, Varinx Noir, et c'est la raison de ma honte.

J'espère ne jamais plus avoir à entacher l'illustre nom qui est le vôtre ainsi que la loyauté qui me lie à vous. Mais j'entends déjà le souffle du vent, et bientôt, ils ne seront plus que cendres. Car, votre fille, Akilia, les y réduira.

Extrait d'une lettre adressée à Melkiar le Varinx Noir, dans les Anciennes Terres, écrite par Aen la Lame du Désert.

Menaces violettes¶
Voici le témoignage que j'ai recueilli auprès d'un Shizu présent à l'assemblée des Cercles du CA II de l'année 2546 :

« Le masque mutilé de Pei-Jeng Pingi arriva à Zora, en pleine assemblée des Cercles, en réclamant d'une voix forte et haineuse qu'un responsable de la Théocratie la reçoive sur-le-champ. Le Sage Saison y répondit en soupirant. La zoraï cheffe de la Tribu des Antékamis ne se fit pas prier et vola même la parole pour expliquer la raison de sa venue. Elle ne prit pas la peine de faire des revendications, se contentant d'attaquer les intérêts de la Théocratie sans discrimination aucune, au mépris des conséquences ...

Aussi virulente qu'un yetin affamé, elle cracha son venin : que les Zoraï'i cessent le chantier de Gu-Qin, ou les Antékamis combattraient la Théocratie avec leurs « armes ». La raison de cette colère était évidente : les Antékamis jugeaient insultant que le Grand Sage Mabreka Cho ait décidé d'installer un camp militaire dans ce qu'ils considéraient comme leur territoire. Aussi les Shizu'i ne comprirent-ils pas pour la plupart ce à quoi la Zoraï faisait allusion, mais moi, j'en frissonnais d'horreur. Il était fort probable que nous ayons affaire à des résultats d'expériences avec la Goo ... Les kitins seraient-ils plus libres de piétiner leurs tentes que nos soldats de les protéger ? Tout cela n'avait aucun sens !

[…] Repartant comme elle était venue, la cheffe de la Tribu s'en fut, avec ses acolytes, laissant les Cercles et le Sage Saison quelque peu abasourdis. Mais il était clair que nous ne pouvions céder à leurs exigences. »


Ce témoignage est sans conteste un des plus effrayants, car il est sujet ici d'utiliser la Goo à des fins mesquines. Et pourtant, à ce moment là, nous n'avions encore rien vu.

« Afin d'apporter son savoir-faire en matière de magnétisme aux campements, un maître magnétiseur accompagna le Ma'Kwaï lors de cette inspection. Après un discours sobre et concis, Mabreka Cho mena les initiés et éveillés qui l'accompagnaient, son énorme masse électrique semblant aussi légère qu'une tige de bambou entre ses mains. Lorsque nous arrivâmes au premier campement, nous découvrîmes avec effroi des créatures infectées par la goo, vraisemblablement des gibbaïs. Les créatures perdaient leurs poils par endroits, révélant une peau purulente ayant la même couleur que les plaines de Goo. C'était effrayant. Un kwaï du Temple des Masques remarqua la présence d'un homin louche aux abords de chaque endroit où se trouvaient des créatures contaminées. A chaque campement, il y avait son lot de monstres, tantôt des gibbaïs, tantôt des gingos étrangement agressifs et tout aussi atteints par la Goo. Et toujours cet homin louche qui regardait étrangement les bêtes.

Mabreka, qui se battait avec une férocité et une passion qui ne laissaient pas de bois mes semblables, nous mena pour finir au campement militaire du Gu-Qin, achevé peu de temps après les menaces des Antékamis, lors de la dernière session des Cercles. Quelle ne fut pas notre surprise de trouver le camp assiégé par des créatures plus nombreuses encore, accompagnées de membres de la tribu des Antékamis qui se battirent sans reculer, bien que desservis par le nombre. Lorsque le dernier gibbaï gooifié s'effondra, certains purent voir une silhouette se dessiner sur une colline voisine, tournant les talons avant de disparaitre.

Le Ma'Kwai remercia les initiés qui l'avaient suivi lors de cette dangereuse épreuve, et déjà certains, comme l'Éveillé Ardjuna ou l'Initiée Golika, parlaient de rendre la monnaie de leur pièce aux Antékamis. Mais d'autres parlaient du Cercle Noir. Peut-être ces derniers tiraient-ils les ficelles de cette macabre comédie. »

Extrait des Cahiers de Wan Fai-Du, au IIe CA de 2546 (JY).

¹ : Kwaï('i) signifie « le Masque », soit un initié Zoraï, en Taki Zoraï.
² : Ma'Kwai signifie « Le Grand Masque », surnom du Grand Sage, en Taki Zoraï.

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